Par Anonyme - Publié le 20 décembre 2023 à 10h57 - Mis à jour le 20 décembre 2023 à 11h00

Que signifie "TABLETIER, EVENTAILLER, BOUTONNIER"

Une panoplie d’artisans pour une foule d’objets de tous ordres. Allant de l’objet d’usage courant à l’article de luxe, cet artisanat éclectique exige précision, minutie et parfois une pointe de goût... De longue date implanté sur Paris, il trouve des "petites mains" habiles dans la région de l’Oise.

Les tabletiers élargissent leurs tablettes
À Paris, au Moyen ge, les tabletiers tirent leur nom des tablettes de corne, ardoise, bois dur et ivoire qui, une fois enduites de cire, permettent l’écriture au stylet. En 1741, par le jeu des associations de corporations, ils deviennent "maîtres et marchands peigniers, tabletiers, tourneurs, mouleurs, piqueurs, faiseurs et compositeurs de bois d’éventail, marquetteurs, tourneurs et tailleurs d’images d’ivoire et enjoliveurs de leurs ouvrages" et se font parfois même "remetteurs de dents" ! Au droit de "découper, tailler, sculpter, ciseler et travailler l’ivoire de toutes formes et modes", s’ajoute "celui de dépecer et façonner la baleine, l’écaille, les os, la corne, les ergots, les bois d’ébène, violette, palissandre, buis, nacre, ambre et autres bois exquis". La tabletterie moderne déploie un large éventail d’objets courants, de mode ou de luxe : croix, christs, tabatières, manches de couteaux, articles de jeu, boîtes, boutonnerie de nacre…

De la production régionale à Paris
Dans l’Oise, à Andeville, Deluge, Noailles, Crèvecœur, Méru et Sainte-Geneviève, sous la bannière de saint Hildevert, sont réunis de très nombreux artisans, patrons et ouvriers, qui depuis longtemps s’adonnent aux travaux de boissellerie et de tabletterie : tabletiers, boutonniers et éventaillistes. Andeville et Sainte-Geneviève sont plus spécialisées dans la fabrication des éventails. Tabletterie et boutonnerie sont travaillées dans tout le département de l’Oise. Dieppe a le monopole de l’ivoire.
Le travail se fait pour le compte de grandes maisons parisiennes, dans de petits ateliers, en famille ou dans des usines recrutant un personnel nombreux. L’importance de ces grands centres (jusqu’à 1 800 ouvriers, adultes et enfants) augmentent avec la mécanisation. La corne, l’os et la nacre sont employés notamment pour la fabrication des brosses, des peignes et des boutons. Les ouvriers qui les façonnent ont un apprentissage qui varie selon le type de travail auquel ils se livrent. Ils sont payés aux pièces, à l’unité, à la douzaine, au cent, à la grosse, au mille, aux cent grosses. Quant aux prix de façon, ils sont aussi variés que les articles eux-mêmes…
Comme dans tous les métiers où le goût et la mode ont une influence déterminante, tabletiers et consorts s’implantent et se développent sur Paris où ils ont leur rue. Au XVIIIème siècle, dans cette rue, au Lion d’Or, D. Laurent et D. Lecuyer centralisent ainsi la production d’ivoirerie, qu’elle vienne de Dieppe par quelque fourgon de marée ou des villages de l’Oise. Brouettes en main, paniers et caisses sur le dos et sur la tête, ces artisans vont porter leurs travaux au coche de Méru pour la capitale.
Les secousses politiques, les revers de mode et les transformations industrielles font petit à petit disparaître cet artisanat implanté à Paris et soutenu par une main-d’œuvre importante dans la région de l’Oise.

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