Par Anonyme - Publié le 20 décembre 2023 à 10h57 - Mis à jour le 20 décembre 2023 à 11h00

Que signifie "TERRE NEUVAS"

C’est avec Cartier que débute la pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve. Une pêche saisonnière du printemps à la fin de l’automne après six semaines de traversée, un retour de quatre à six semaines vers Bordeaux pour débarquer la morue puis ralliement au port d’attache.

"Denier de Dieu" ou "Dernier Adieu" ?
Si les départs ont lieu au printemps, tout commence en fait fin novembre, lors des recrutements. Les candidats au départ, accompagnés souvent de leur mère pour les plus jeunes (certains mousses n’ont guère plus de dix ou douze ans) ou de leur épouse, se rassemblent pour une foire, une fête où ils se retrouvent pour discuter, entre bols de cidre et parties de palets. Les capitaines guettent, cherchent à repérer les meilleurs, engagent des négociations. Une fois qu’on s’est mis d’accord sur le salaire et sur le reste, le contrat est signé et le livret d’embarquement remis au capitaine.
Vers février, un à deux mois avant les départs, les nouveaux équipages sont convoqués pour la "revue de l’armement". Chacun confirme son engagement devant l’administrateur des Affaires maritimes, signe le rôle d’équipage, s’entend rappeler les règles de la discipline... et perçoit, avec l’avance sur salaire, la prime d’embarquement, le "Denier de Dieu" ou "Dernier Adieu", comme on finit par l’appeler, tellement la pensée de ceux qui ne reviennent pas est présente dans tous les esprits.

Les derniers préparatifs avant le départ
Cette avance permet de s’équiper : il faut des suroîts évasés dont les bords protègent la nuque de la brume glaciale, parfois de la neige, des bottes amples et hautes taillées dans du cuir et montées sur des sabots en bois de peuplier qui glissent moins sur les ponts mouillés, des pantalons et des blouses en épaisse toile écrue bouillie dans l’huile de lin, des gants enfin, qui protègent les mains quand elles relèvent les lignes ou tranchent les morues avant salage. Le jour venu, l’équipage au complet, un remorqueur tire le bateau en rade. Il n’y a plus qu’à attendre le bon vent. Dès qu’il est là, les voiles sont hissées : cap à l’ouest-nord-ouest jusqu’au banc.
Le départ vers le Grand Nord
Une fois sur place, jour après jour, on embarque sur les doris les lignes, longues de deux ou trois kilomètres, lovées dans les paniers au bord desquels sont crochetés les hameçons avec leurs appâts qu’on appelle boëttes (tripes de morue, morceaux de hareng ou même bulots). Chaque doris, avec sextant, chronomètre et boussole, prend aussitôt le large, à quelques miles de là, pour les mouiller au fond, tendues entre deux bouées d’ancrage qui servent de balises.
Le lendemain, au petit jour, les vêtements encore imbibés de l’humidité de la veille, les deux équipiers du doris, le "patron" à l’arrière, l’autre au banc de rames, nagent vers leurs balises et relèvent leurs lignes, lourdes de deux ou trois quintaux de poissons qu’il faut, au retour, lancer à deux ou trois mètres au-dessus de la tête, par-dessus le bordé du bateau.
Une tâche épuisante, cette levée des lignes, quand on a les mains gourdes, blessées plus que protégées par des gants de mauvaise laine raidis par le froid d’une mer dont la température ne dépasse pas quelques degrés. Au bout de la campagne, c’est plusieurs tonnes de poisson que chaque dorissier aura sorti de la mer et jeté ainsi sur le pont.

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